(Tribune d'Etienne de Saint Laurent parue dans Le Trégor du 24 décembre 2015. La Compagnie Armoricaine de Navigation a obtenu un permis pour extraire 3 millions de m3 de sable dans la proximité d'une côte protégée)
Le problème avec la CAN, cette bienfaitrice de
l’humanité, c’est qu’elle manque terriblement d’imagination tout en restant
sourde aux meilleurs conseils. Disons qu’elle a les portugaises complètement
ensablées et qu’elle préfère, comme l’autruche, s’enfoncer la tête dans le
sable. « Normal ! » direz-vous ? Certes, mais quel dommage !
J’ai eu, en effet, le grand honneur de lui proposer un
plan B, sous la forme d’un projet audacieux, une sorte de compromis honorable
sur lequel tout le monde aurait pu se mettre d’accord, à part quelques
grincheux attardés. Hélas ! Malgré mon insistance bienveillante, la CAN n’a
jamais daigné me répondre… Elle me met donc en demeure de prendre le public à
témoin de sa mauvaise volonté manifeste.
Mon idée est pourtant simple, pour ne pas dire
lumineuse. Il y a beaucoup mieux à faire que d’aller détruire une dune
sous-marine plus que millénaire et saccager une vaste zone maritime avec les
résultats que l’on connaît : mise à mal de la biodiversité, disparition des
lançons et des poissons nobles qui les dégustent, pitance raréfiée pour les
oiseaux plus ou moins rares et huppés de la réserve des Sept-Îles, eau de mer
dont la limpidité ne sera qu’un lointain souvenir pour les adeptes de plongée
sous-marine, et de fil en aiguille, pour ne pas dire de Charybde en Scylla,
l’amaigrissement quasi assuré des plages…
J’ai donc proposé à la CAN le projet d’aller se servir
directement sur lesdites plages. Mais bien entendu, pas sur les plus riches !
Surtout pas à Perros-Guirec, ni à Trégastel ou Trébeurden, pas plus qu’à
Locquirec. Non ! Mais puisqu’il est scientifiquement et économiquement prouvé
que le sable est absolument nécessaire plus à l’engraissement du groupe
Roullier dont la CAN est filiale qu’à celui des terres agricoles, je suggère
que les communes de Plestin-les-Grèves, de Tréduder et de Saint-Michel-en-Grève
se sacrifient pour le bien privé. Chacun sait en effet qu’on ne fait pas
d’omelette sans casser les œufs. Il vaut donc mieux limiter les nuisances et
les restreindre pour le bien-être des autres.
Alors voilà ! J’ai fait et refait mes calculs. Le
Préfet du Finistère et son confrère en religion macronique des Côtes-d’Armor
viennent d’autoriser la CAN à extraire plus de 3 millions de m3 de sable sur 15
ans. Excusez du peu ! Il se trouve que la Lieue de Grève a une superficie
d’environ 4km2. Si la CAN pouvait s’approprier cet énorme volume sur cette
immense grève, son niveau baisserait de 75 cm. Or, qui pourrait être assez
aveugle pour ne pas voir les avantages d’une telle solution ?
1- La mer cesserait de se retirer « à dache » et les
baigneurs auraient l’eau à portée de quelques enjambées, même à marée basse.
2- Avec une profondeur d’eau accrue dans la baie, les ulves si désastreuses cesseraient de
prospérer. Plus de marées vertes en perspective ! Quelles économies de
ramassage ! Merci la CAN !
3- Et cerise sur le gâteau : les bulldozers pourraient
creuser un peu plus du côté de l’École des Voiles qui se verrait dotée
gratuitement d’un joli petit port de plaisance.
Faut-il préciser que par ailleurs la CAN s’engagerait
à respecter une largeur de plage de 100 mètres (largeur négociable après
consultation publique mascarade dans toutes les mairies).
Bien sûr il y aurait une disgracieuse circulation de
tractopelles et camions, mais les riverains de la Lieue de Grève y sont déjà
tellement habitués…J’espère vous avoir convaincus. La destruction de la
biodiversité serait strictement localisée et limitée, la pêche sauvée et les
autres plages préservées !
Certains cherchent à s’attaquer aux « requins » de
l’industrie. Moi je dis, en toute modestie, que si l’on ne force pas la CAN à
m’écouter, les choses iront de vampire en vampire.
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