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mardi 30 avril 2013

Etienne de Saint-Laurent, l'obstination tranquille

Un article dans Le Télégramme, copié-collé intégralement ci-dessous :

Né en 1934 dans l'aristocratie, le Plestinais Étienne de Saint- Laurent a suivi un chemin de militant chrétien de gauche, même pas caviar. Son calme et ses cheveux blancs convoquent des images de grand sage, détenteur du savoir. Les langues, le littoral, les dérives de la mondialisation, voilà des causes sur lesquelles le Plestinais, Étienne de Saint-Laurent, réfléchit et se montre loquace. Mais dans sa vie bien remplie, ses premiers pas de militant sont liés à son aversion pour le colonialisme. «C'était une de mes motivations politiques fondamentales. J'avais été formé par "Témoignage chrétien" et ressentais un sentiment d'injustice», explique l'ancien professeur de français.

Le colonialisme. Pendant la guerre d'Algérie, le jeune homme vend à la sortie de la messe «Témoignage chrétien», journal ouvertement engagé pour la décolonisation et dénonçant les tortures pratiquées par l'armée française en Algérie. L'étudiant, bénéficiaire de l'aide sociale malgré sa particule, a intégré maths sup, puis bifurqué vers lettres sup avant d'étudier l'économie politique puis la sociologie. «Je n'ai jamais trop su ce que je v oulais faire de ma vie», sourit-il. Côté politique, en revanche, le garçon sait où il va. «L'engagement de ma mère dans la Résistance a joué.» Cette mère, déportée pour avoir aidé trois aviateurs alliés tombés sur la plage de Saint-Efflam. Cette mère, morte en 1944 en camp, le laisse orphelin de père et de mère, alors qu'il n'a que 10 ans. C'est ainsi que le fils du baron Jacques de Saint-Laurent et de sa femme, Marie d'Affry de la Monnoye, grandit dans un monde à mille lieues de l'aristocratie de ses ancêtres.

L'Algérie et le Sénégal. Cet atypique, comme il aime se définir, partira enseigner le français en Algérie en 1963, puis ce sera Saint-Louis du Sénégal en 1966. Sa femme, Marie-Christine, qu'il a épousée huit ans plus tôt, y découvre le wolof et lui communique l'envie d'apprendre cette langue locale. Cet homme intelligent et cultivé y découvre «un monde fantastique, d'une grande richesse». Mais la situation lui paraît paradoxale, parler wolof mais être incapable de mener une conversation en breton quand il rentre au pays. C'est ainsi qu'il se met à apprendre le breton au Sénégal.

La biodiversité culturelle. Bientôt, Étienne de Saint-Laurent aura tout le loisir de mettre cette langue en pratique puisqu'en 1972, il est nommé au lycée de Tréguier. Il adhère à l'Union démocratique bretonne (UDB) et se lance avec passion dans la cause bretonne. «Je faisais un parallèle entre la colonisation et l'état de la Bretagne. J'étais pour son autonomie, un peu comme les régions espagnoles. Mais c'est une idée difficile à comprendre en France.» Le nouveau brittophone dispense, à son tour, des cours de breton, mais perçoit rapidement le manque d'intérêt des Bretons pour la langue de leurs parents. Il y voit les effets du «rouleau compresseur de la mondialisation». «Je suis pour la biodiversité culturelle. L'imposition de l'anglais est catastrophique, elle découle du plan Marshall. La contrepartie de l'aide américaine d'après guerre a été l'ouverture de l'Europe à la culture des États-Unis, et tout particulièrement à son cinéma», analyse cet empêcheur de tourner en rond. Il voit dans la domination de l'anglais une rente financière pour les pays anglo-saxons et un appauvrissement du mode de pensée. «La crise économique est due aux fondamentaux du libéralisme anglo-saxon, mais aucun économiste n'est capable d'imaginer un autre modèle», s'agace l'intellectuel. Lui qui parle l'anglais (le moins possible, précise-t-il), le breton, le latin, le wolof, le russe, le chinois et l'espéranto, misait beaucoup sur cette langue inventée pour faciliter la communication entre étrangers. «Le refus de l'espéranto est un des plus grands scandales. C'est une langue géniale!», s'emporte le polyglotte. «Si tous les enfants du monde apprenaient l'espéranto à raison de trois heures par semaine, ils pourraient communiquer entre eux au bout d'un an.»

La loi Littoral. Le retraité fustige le manque de bon sens et la vision uniquement comptable de notre société. Ce grand amateur de jardins et collectionneur d'arbres témoigne de son amour profond pour la nature, rejette «une modernisation qui va dans des excès terribles». Excès qu'il a maintes fois combattus comme adhérent, puis président de l'association Plestin Environnement en faisant annuler des projets de construction sur le littoral. «Mon ambition, c'est que toute la Lieue de Grève devienne un espace protégé. C'est un lieu chargé d'histoire, resté semi-vierge. Il faut arrêter de construire à cet endroit», affirme-t-il. Et il confie pouvoir éplucher la loi Littoral pendant des heures. «Je suis têtu», conclut-il. «Et très patient», rajoute son épouse en souriant.

Catherine Deunf, le Télégramme, 10 janvier 2013

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