Un article dans Le Télégramme, copié-collé intégralement ci-dessous :
Le
colonialisme. Pendant
la guerre d'Algérie, le jeune homme vend à la sortie de la messe «Témoignage
chrétien», journal ouvertement engagé pour la décolonisation et dénonçant les
tortures pratiquées par l'armée française en Algérie. L'étudiant, bénéficiaire
de l'aide sociale malgré sa particule, a intégré maths sup, puis bifurqué vers lettres
sup avant d'étudier l'économie politique puis la sociologie. «Je n'ai jamais trop
su ce que je v oulais faire de ma vie», sourit-il. Côté politique, en revanche,
le garçon sait où il va. «L'engagement de ma mère dans la Résistance a joué.»
Cette mère, déportée pour avoir aidé trois aviateurs alliés tombés sur la plage
de Saint-Efflam. Cette mère, morte en 1944 en camp, le laisse orphelin de père
et de mère, alors qu'il n'a que 10 ans. C'est ainsi que le fils du baron
Jacques de Saint-Laurent et de sa femme, Marie d'Affry de la Monnoye, grandit
dans un monde à mille lieues de l'aristocratie de ses ancêtres.
Né
en 1934 dans l'aristocratie, le Plestinais Étienne de Saint- Laurent a suivi un
chemin de militant chrétien de gauche, même pas caviar. Son
calme et ses cheveux blancs convoquent des images de grand sage, détenteur du savoir.
Les langues, le littoral, les dérives de la mondialisation, voilà des causes
sur lesquelles le Plestinais, Étienne de Saint-Laurent, réfléchit et se montre
loquace. Mais dans sa vie bien remplie, ses premiers pas de militant sont liés
à son aversion pour le colonialisme. «C'était une de mes motivations politiques
fondamentales. J'avais été formé par "Témoignage chrétien" et
ressentais un sentiment d'injustice», explique l'ancien professeur de français.
Le
colonialisme. Pendant
la guerre d'Algérie, le jeune homme vend à la sortie de la messe «Témoignage
chrétien», journal ouvertement engagé pour la décolonisation et dénonçant les
tortures pratiquées par l'armée française en Algérie. L'étudiant, bénéficiaire
de l'aide sociale malgré sa particule, a intégré maths sup, puis bifurqué vers lettres
sup avant d'étudier l'économie politique puis la sociologie. «Je n'ai jamais trop
su ce que je v oulais faire de ma vie», sourit-il. Côté politique, en revanche,
le garçon sait où il va. «L'engagement de ma mère dans la Résistance a joué.»
Cette mère, déportée pour avoir aidé trois aviateurs alliés tombés sur la plage
de Saint-Efflam. Cette mère, morte en 1944 en camp, le laisse orphelin de père
et de mère, alors qu'il n'a que 10 ans. C'est ainsi que le fils du baron
Jacques de Saint-Laurent et de sa femme, Marie d'Affry de la Monnoye, grandit
dans un monde à mille lieues de l'aristocratie de ses ancêtres.
L'Algérie
et le Sénégal. Cet
atypique, comme il aime se définir, partira enseigner le français en Algérie en
1963, puis ce sera Saint-Louis du Sénégal en 1966. Sa femme, Marie-Christine,
qu'il a épousée huit ans plus tôt, y découvre le wolof et lui communique
l'envie d'apprendre cette langue locale. Cet homme intelligent et cultivé y
découvre «un monde fantastique, d'une grande richesse». Mais la situation lui
paraît paradoxale, parler wolof mais être incapable de mener une conversation
en breton quand il rentre au pays. C'est ainsi qu'il se met à apprendre le
breton au Sénégal.
La
biodiversité culturelle. Bientôt,
Étienne de Saint-Laurent aura tout le loisir de mettre cette langue en pratique
puisqu'en 1972, il est nommé au lycée de Tréguier. Il adhère à l'Union
démocratique bretonne (UDB) et se lance avec passion dans la cause bretonne.
«Je faisais un parallèle entre la colonisation et l'état de la Bretagne.
J'étais pour son autonomie, un peu comme les régions espagnoles. Mais c'est une
idée difficile à comprendre en France.» Le nouveau brittophone dispense, à son
tour, des cours de breton, mais perçoit rapidement le manque d'intérêt des
Bretons pour la langue de leurs parents. Il y voit les effets du «rouleau
compresseur de la mondialisation». «Je suis pour la biodiversité culturelle.
L'imposition de l'anglais est catastrophique, elle découle du plan Marshall. La
contrepartie de l'aide américaine d'après guerre a été l'ouverture de l'Europe
à la culture des États-Unis, et tout particulièrement à son cinéma», analyse
cet empêcheur de tourner en rond. Il voit dans la domination de l'anglais une
rente financière pour les pays anglo-saxons et un appauvrissement du mode de
pensée. «La crise économique est due aux fondamentaux du libéralisme
anglo-saxon, mais aucun économiste n'est capable d'imaginer un autre modèle»,
s'agace l'intellectuel. Lui qui parle l'anglais (le moins possible,
précise-t-il), le breton, le latin, le wolof, le russe, le chinois et
l'espéranto, misait beaucoup sur cette langue inventée pour faciliter la
communication entre étrangers. «Le refus de l'espéranto est un des plus grands
scandales. C'est une langue géniale!», s'emporte le polyglotte. «Si tous les
enfants du monde apprenaient l'espéranto à raison de trois heures par semaine,
ils pourraient communiquer entre eux au bout d'un an.»
La
loi Littoral. Le
retraité fustige le manque de bon sens et la vision uniquement comptable de
notre société. Ce grand amateur de jardins et collectionneur d'arbres témoigne
de son amour profond pour la nature, rejette «une modernisation qui va dans des
excès terribles». Excès qu'il a maintes fois combattus comme adhérent, puis président
de l'association Plestin Environnement en faisant annuler des projets de
construction sur le littoral. «Mon ambition, c'est que toute la Lieue de Grève
devienne un espace protégé. C'est un lieu chargé d'histoire, resté semi-vierge.
Il faut arrêter de construire à cet endroit», affirme-t-il. Et il confie
pouvoir éplucher la loi Littoral pendant des heures. «Je suis têtu»,
conclut-il. «Et très patient», rajoute son épouse en souriant.
Catherine
Deunf, le Télégramme, 10 janvier 2013
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